Le documentaire « 1000 heures à Tromelin » de Lauren Ransan poursuit sa route. Après plusieurs musées français, il franchit la frontière suisse et s’installe au Laténium, à Hauterive, aux portes de Neuchâtel. Le film est présenté dans l’exposition « L’île de Sable », consacrée à l’archéologie de Tromelin et à la mémoire des naufragés de l’Utile. Ce passage en Suisse prolonge un travail de mémoire engagé depuis plus de dix ans autour de Tromelin et des îles Éparses.

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Le Laténium et l’exposition « L’île de Sable »

Le Laténium est le plus grand musée d’archéologie de Suisse. Il se trouve à Hauterive, à quelques minutes de Neuchâtel, sur la rive du lac. L’exposition « L’île de Sable » y est visible jusqu’au 10 janvier 2027. Elle rassemble plusieurs partenaires scientifiques et patrimoniaux : le Laténium, le musée d’histoire de Nantes, le GRAN (Groupe de recherches en archéologie navale), l’Inrap et les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Le documentaire « 1000 heures à Tromelin » y occupe une place centrale, aux côtés des objets et des archives issus des missions menées sur l’îlot.

Présenter un film sur Tromelin dans un musée suisse d’archéologie n’a rien d’anodin. L’exposition relie cette histoire à celle des circulations maritimes de l’océan Indien, un sujet qui dépasse largement les frontières nationales. Le parcours replace le naufrage dans un contexte plus vaste : le commerce colonial, la traite illégale et l’archéologie des épaves.

L’histoire de Tromelin que le film raconte

Le film suit au jour le jour la quatrième mission archéologique sur l’îlot de Tromelin, commencée le 20 août 2013 pour quarante-cinq jours, soit environ mille heures. Tromelin est un îlot de sable d’environ un kilomètre carré, une des îles Éparses rattachées aux TAAF, située entre La Réunion et Madagascar.

Le lieu porte une histoire lourde. L’Utile, une flûte de la Compagnie française des Indes orientales partie de Bayonne le 17 novembre 1760, s’échoue le 31 juillet 1761 sur l’île de Sable, aujourd’hui Tromelin. Le navire transporte des esclaves malgaches achetés en fraude et destinés à l’île de France, l’actuelle île Maurice. L’équipage repart sur une embarcation de fortune et abandonne quatre-vingt-huit Malgaches survivants sur l’île, avec trois mois de vivres et la promesse de revenir. La promesse n’a pas été tenue. Le 29 novembre 1776, l’enseigne de vaisseau Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, sauve les derniers survivants : sept femmes et un bébé de huit mois.

Le documentaire raconte cette histoire à hauteur de sable et de fouille, en suivant les archéologues qui tentent de reconstituer le quotidien des naufragés. Lauren Ransan, cofondatrice de Wopé Production, signe là un film sorti en 2014, d’une durée de trente-huit minutes, produit par Nawar Productions. « 1000 heures à Tromelin » est antérieur à la création de Wopé, en 2019, et n’a pas été produit par la société.

Des fouilles de 2006 à 2013 au parcours muséal du film

Les fouilles archéologiques se sont déroulées entre 2006 et 2013. Elles ont permis de retrouver des traces d’occupation, des objets et des structures qui documentent la survie des naufragés sur Tromelin. Le film en restitue la méthode et le rythme, entre carottages, relevés et longues journées de terrain.

En 2016, le documentaire est intégré à l’exposition « Tromelin, l’île des esclaves oubliés » de l’Inrap et du GRAN, labellisée « exposition d’intérêt national » par le ministère de la Culture. Cette exposition a ensuite tourné, notamment au musée d’Aquitaine à Bordeaux en 2017, au château des ducs de Bretagne, au musée de la Compagnie des Indes à Lorient, au musée de l’Éphèbe au Cap d’Agde, et au musée de l’Homme à Paris en 2019.

Le documentaire est régulièrement utilisé comme support pédagogique lors des Journées nationales de l’archéologie et de la Fête de la Science. Il est diffusé en VOD sur OI Film et Archéo TV. Sa fiche est consultable sur Wikipédia et sur film-documentaire.fr.

La réalisatrice a également signé « Murmures dans les rugissants » (2016), présenté comme une suite de « 1000 heures à Tromelin », ainsi que « Terre Marronne » (2015). Son travail sur Tromelin s’inscrit dans une filmographie attentive aux territoires isolés et à ceux qui les habitent.

Un film qui circule, une mémoire qui se transmet

Présenter « 1000 heures à Tromelin » en Suisse, dans un musée d’archéologie, rappelle que cette histoire n’appartient à aucun pays en particulier. Elle concerne la France, Madagascar, Maurice, La Réunion et, plus largement, tous ceux qui travaillent sur la mémoire de la traite. Le film continue de voyager et de rencontrer de nouveaux publics, dix ans après sa sortie.

Wopé Production a déjà consacré un article à ce documentaire et aux tournages dans les Terres australes : vous pouvez le retrouver dans notre journal, documentaires et tournages dans les Terres australes. Pour une projection, une diffusion ou toute demande d’information autour de Tromelin et de nos films, écrivez-nous via notre page contact.