Une maison de production audiovisuelle dans un forum sur l’innovation : c’est la position qu’a occupée Lauren Ransan, cofondatrice de Wopé, le lundi 28 septembre 2026, invitée à intervenir au Comité Régional de l’Innovation, au MoCA, à Montgaillard, dans les Hauts de Saint-Denis. Cette année, une productrice y a parlé de tournages, de films et d’énergie consommée sur un plateau. Le décalage n’en était pas un.
Le Comité Régional de l’Innovation, et ce qu’a été l’édition 2026
Organisé par La Réunion Innovation pour le compte de la Région Réunion, présidé par Maya Cesari, conseillère régionale déléguée à l’innovation et à la croissance bleue, le Comité Régional de l’Innovation rassemble les acteurs institutionnels, académiques et économiques, les structures d’accompagnement, les entreprises, les porteurs de projets et des représentants de la société civile. L’édition 2026 avait un thème : « Innovation, Culture et Héritage ».
La journée s’est déroulée en deux temps. Le matin, les Matinales de l’Innovation ont réuni six ateliers thématiques : commande publique innovante, stratégies européennes, observation des start-ups réunionnaises, culture de l’innovation, bâti tropical, design inclusif et durable. L’après-midi : une conférence plénière, une table ronde intitulée « Innovation et Culture », puis un Village des Innovations où 19 structures et projets ont présenté leurs solutions. Les échanges ont aussi porté sur la stratégie régionale d’innovation S5, sur le projet européen Interreg Europe « Synergy » et sur le retour de la délégation réunionnaise à VivaTech 2026. Le Comité Régional de l’Innovation participe à la mise en œuvre de la Stratégie de Spécialisation Intelligente pour le développement social et soutenable de La Réunion.
Le programme complet est détaillé par Innovons La Réunion, et le compte rendu de la table ronde se lit dans le Quotidien de La Réunion.
Trois sujets portés par Lauren Ransan
L’invitation portait sur un thème, pas sur un catalogue. Lauren Ransan a retenu trois entrées. L’éco-production audiovisuelle : la façon dont un tournage organise sa consommation d’énergie, ses déplacements et sa matière. Les films à impact : des projets dont le sujet et la fabrication posent une question au public au lieu de lui vendre un produit. Le passage du court au long-métrage : ce que cela change, pour une société de production réunionnaise, de tenir un récit sur quatre-vingt-dix minutes au lieu de quinze. Trois sujets qui partagent la même contrainte de moyens.
Des remerciements ont été adressés à la Région Réunion, à Maya Cesari et à Jérôme Nassibou pour l’invitation.
La table ronde posait une question précise : comment l’innovation peut préserver, transmettre et renouveler la culture réunionnaise. Pour une maison de production, la réponse se joue dans des choix de fabrication. Un héritage se transmet mal dans un film dont le tournage épuise un lieu, fait voler une équipe entière et laisse derrière lui des décors partis en benne. Le Comité Régional de l’Innovation a donc servi de caisse de résonance à un sujet qui se règle d’habitude dans un bureau de production, entre un plan de travail et un devis.
Ce que l’éco-production change concrètement sur un tournage
Rien d’abstrait. Cela commence au découpage : regrouper les jours de tournage sur un même lieu plutôt que de multiplier les trajets. Cela continue au camion : remplacer un groupe électrogène qui tourne du matin au soir par des batteries. Cela passe par la cantine : vaisselle réutilisable, produits achetés près du plateau. Cela touche le décor, dessiné pour être démonté et réemployé sur un autre projet, le costume, loué plutôt qu’acheté quand le stock local le permet, et la post-production, dont le stockage et le rendu se calibrent pour ne pas faire tourner dix machines pour rien.
L’éco-production n’est pas une case à cocher en fin de production. C’est une méthode qui oblige à écrire le plan de travail autrement, à négocier avec des prestataires de l’île, et à mesurer ce qui a réellement été économisé : kilowatts, kilomètres parcourus, kilos de déchets. Pour Wopé, maison de production qui travaille sur la fiction, le documentaire et la publicité, ce n’est pas un argument de communication. Sur une île, le matériel, les équipes et les lieux sont comptés, et le gaspillage se paie tout de suite.
Le détail de ce que porte la maison, et des personnes qui le portent, se lit sur la page équipe. Les tournages en préparation et les projets en cours sont présentés dans le journal.
Ce qu’une production retient du Comité Régional de l’Innovation
Deux heures dans un forum sur l’innovation ne changent pas une méthode de travail. Elles la rendent visible. La rencontre entre recherche, institutions et entreprises que propose chaque année le Comité Régional de l’Innovation a un intérêt simple pour un producteur : elle oblige à sortir le métier de son propre vocabulaire. Un tournage est une opération logistique, énergétique et budgétaire avant d’être un objet culturel. Le dire devant des acteurs de l’innovation, c’est admettre que les questions d’un laboratoire et d’un plateau se ressemblent : faire mieux avec moins, et le prouver.
Wopé développe la fiction, le documentaire et la publicité depuis La Réunion, avec l’éco-production comme cadre de fabrication. Un film, une série ou une marque à accompagner, une question sur nos méthodes de tournage ? Écrivez-nous.