1962
1984
22 ans de silence.
Plus de 2000 enfants réunionnais déportés vers la France métropolitaine. Une politique d’État orchestrée par Michel Debré. Un traumatisme collectif qui résonne encore aujourd’hui.
Cette histoire noire inspire désormais le cinéma réunionnais. Wopé Production l’adapte en court-métrage : « Au fond du trou », réalisé par Lauren Ransan et Abel Vaccaro, disponible sur Canal+ Réunion. Quand le cinéma devient mémoire vivante.
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Qui Étaient les Enfants de la Creuse ?
2150 enfants. Des familles pauvres et vulnérables. Une politique démographique brutale.
L’affaire des enfants de la Creuse représente l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire postcoloniale française. Entre 1962 et 1984, environ 2150 enfants réunionnais, principalement issus de familles pauvres et vulnérables, ont été transférés de force vers des départements ruraux de la métropole, notamment la Creuse.
Ces enfants, souvent présentés comme « orphelins » alors qu’ils avaient des familles, ont été victimes d’une politique démographique brutale qui visait à repeupler les zones rurales françaises en déclin.
Le Contexte Politique des Années 1960-1970
Dans les années 1960, La Réunion connaît une croissance démographique importante que l’État français perçoit comme problématique. Parallèlement, des départements ruraux de métropole comme la Creuse, le Tarn ou le Gers se dépeuplent.
L’idée naît : « résoudre » ces deux problèmes par un transfert massif de population. Cette politique s’inscrit dans une logique coloniale où les territoires ultramarins sont considérés comme des réservoirs démographiques à disposition de la métropole.
Michel Debré et la Politique d’Assimilation
Michel Debré, alors député de La Réunion et ancien Premier ministre, devient l’architecte principal de cette politique. Convaincu que le déplacement des enfants réunionnais vers la métropole leur offrirait de « meilleures opportunités », il met en place un système de transfert encadré par l’État.
Chiffres et Réalités : 2150 Enfants Déplacés
Au moins 2150 enfants ont été déplacés entre 1962 et 1984. Le chiffre réel ? Probablement plus élevé. Des archives ont été détruites. Des dossiers ont « disparu ». L’État a effacé ses traces.
Ces enfants, âgés de 4 à 15 ans, ont été placés dans des fermes, des institutions religieuses ou des familles d’accueil. Beaucoup ont subi des maltraitances physiques et psychologiques, exploités comme main-d’œuvre agricole gratuite.
Le déracinement culturel a été total : interdiction de parler créole, coupure brutale avec leur identité réunionnaise, perte de repères familiaux.
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Le Scandale Historique : Déportation et Oubli
Pendant plus de vingt ans, l’État français a orchestré ce transfert massif dans l’opacité. Loin des regards médiatiques. Loin du débat public. Un crime d’État en silence.
Le Programme Secret d’Assimilation (1962-1984)
Le programme débute officiellement en 1962 avec les premiers convois d’enfants vers la métropole. Les services sociaux réunionnais, en collaboration avec les autorités métropolitaines, identifient les familles « cibles » : familles nombreuses, monoparentales, en situation de précarité.
Les parents sont convaincus de signer des papiers qu’ils ne comprennent pas toujours. Leur consentement ? Plus souvent arraché qu’obtenu. Les enfants embarquent à l’aéroport Roland-Garros, souvent sans comprendre qu’ils quittent définitivement leur île.
Conditions de Vie en Creuse : Témoignages
Les témoignages des survivants révèlent une réalité glaçante. Beaucoup racontent avoir été placés dans des fermes isolées où ils servaient de main-d’œuvre gratuite, travaillant aux champs dès l’âge de 8 ou 10 ans.
Le choc climatique a été brutal : ces enfants habitués au climat tropical réunionnais se sont retrouvés confrontés aux hivers rigoureux de la Creuse. L’isolement social a été total, beaucoup subissant du racisme ordinaire dans des zones rurales où ils étaient les seuls enfants noirs.
Les Conséquences Traumatiques Durables
Les conséquences psychologiques persistent encore aujourd’hui. De nombreux enfants de la Creuse souffrent de troubles identitaires profonds, tiraillés entre deux cultures sans vraiment appartenir à aucune.
Chronologie du Scandale
Début du programme
Premiers convois d’enfants vers la métropole. Michel Debré lance la politique de « transplantation ».
Pic des transferts
200 enfants déplacés cette année-là, dont 140 en Creuse.
Fin officielle
Derniers transferts d’enfants. 22 ans de déportations administratives.
Révélation publique
Jean-Jacques Martial porte plainte pour « enlèvement et séquestration ».
Reconnaissance partielle
L’Assemblée nationale reconnaît la « responsabilité morale » de l’État français. Pas d’excuses présidentielles. Pas de réparations.
« Au fond du trou »
Wopé Production adapte l’histoire en court-métrage. Le cinéma devient mémoire vivante.
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Redécouverte et Réparation
Pendant des décennies, l’affaire des enfants de la Creuse est restée dans l’ombre. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que les victimes commencent à briser le silence.
La Résolution Parlementaire de 2014
En février 2014, l’Assemblée nationale adopte une résolution reconnaissant la « responsabilité morale » de l’État français. Une première reconnaissance officielle. Mais… Responsabilité « morale » uniquement. Pas d’excuses présidentielles formelles. Pas de réparations financières systématiques.
Des lettres présidentielles expriment des « regrets ». Les victimes attendent toujours une reconnaissance pleine et entière de ce crime d’État.
Mémoriels et Hommages à La Réunion
Stèle inaugurée là où des milliers d’enfants ont embarqué
Plaque commémorative dévoilée
Commémorations annuelles (Journée droits de l’enfant)
Le Combat des Associations (FEDD)
La Fédération des Enfants Déracinés des DROM (FEDD) joue un rôle central. Cette organisation regroupe plusieurs associations qui accompagnent les survivants dans leurs démarches administratives, organisent des voyages de retour à La Réunion, et plaident pour une intégration de cette histoire dans les programmes scolaires.
Elles continuent de pousser pour des réparations financières et une reconnaissance mémorielle plus profonde.
« Au Fond du Trou »
Quand le cinéma réunionnais adapte le scandale des Enfants de la Creuse
Un enfant creuse inlassablement un trou dans la terre. Cette métaphore poétique symbolise la quête des origines, le besoin viscéral de retrouver ses racines enfouies.
15 minutes pour ressentir ce qu’aucun documentaire historique ne peut transmettre : la sensation viscérale du déracinement.
Le trou devient à la fois tombeau et matrice. Espace de douleur et promesse de renaissance. Une narration elliptique mêlant temps présent et flashbacks, mots créoles et silences lourds de sens.
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Pourquoi Cette Histoire Inspire la Création Audiovisuelle
L’histoire des enfants de la Creuse résonne profondément avec l’identité créative réunionnaise. Elle interroge les questions de déracinement, d’identité, de mémoire coloniale qui traversent l’ensemble de la production audiovisuelle de l’île.
L’Authenticité Réunionnaise dans le Kino Spirit
Chez Wopé Production, nous croyons que le cinéma est un outil puissant de mémoire collective. « Au fond du trou » ne se contente pas de raconter : il fait ressentir le déracinement à travers une métaphore poétique.
Cette approche s’inscrit dans notre mouvement Kino Réunion, où l’authenticité prime sur le sensationnalisme. Nous refusons le voyeurisme émotionnel pour privilégier un cinéma ancré.
Documentaire + Fiction : Le Modèle Wopé
Notre approche mêle enquête documentaire et liberté fictionnelle. Avant d’écrire le scénario d’« Au fond du trou », les réalisateurs ont rencontré des survivants, consulté des archives, visité des lieux de mémoire.
Ce modèle hybride correspond à notre philosophie créative Wopé : raconter le réel avec les outils du cinéma, transformer l’histoire en expérience sensible.
Autres Productions Wopé Inspirées par l’Histoire Locale
« Au fond du trou » s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine mémoriel réunionnais. Wopé Production a également produit des documentaires sur l’esclavage à La Réunion, des courts-métrages sur la culture maloya, des films explorant l’histoire industrielle de l’île.
Cette ligne éditoriale assumée fait de notre studio de production fiction un acteur majeur de la transmission mémorielle à La Réunion. Nous collaborons régulièrement avec des associations comme association Beyond Trash.
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Parallèles Internationaux : D’Autres Enfants Volés
L’affaire des enfants de la Creuse n’est malheureusement pas un cas isolé dans l’histoire coloniale mondiale. D’autres pays ont connu des politiques similaires de déplacement forcé d’enfants.
🇦🇺 Australie
1910-1970 : Les « Générations Volées » (Stolen Generations). Des dizaines de milliers d’enfants aborigènes arrachés à leurs familles. Excuses officielles en 2008.
🇨🇦 Canada
1831-1996 : Pensionnats autochtones. Environ 150 000 enfants de Premières Nations séparés de leurs familles. Génocide culturel reconnu en 2008.
🇪🇸 Espagne
1939-1975 : Les « Bébés Volés » sous Franco. Des milliers de bébés volés à leurs mères républicaines et vendus à des familles loyales au régime.
🌍 Afrique Coloniale
XXe siècle : Enfants métis retirés à leurs mères africaines pour être élevés en Europe, souvent dans des orphelinats religieux.
Questions Fréquentes
Les recherches historiques confirment qu’au moins 2150 enfants réunionnais ont été déplacés vers la France métropolitaine entre 1962 et 1984. Le chiffre réel pourrait être plus élevé en raison de la destruction de certaines archives administratives.
La Creuse, comme d’autres départements ruraux français (Tarn, Gers, Lozère), connaissait un déclin démographique important dans les années 1960. L’État français voyait dans le placement d’enfants réunionnais une solution pour repeupler ces zones rurales tout en « gérant » la croissance démographique à La Réunion.
En février 2014, l’Assemblée nationale a adopté une résolution reconnaissant la « responsabilité morale » de l’État français. Cependant, il n’y a pas eu d’excuses présidentielles formelles ni de programme systématique de réparations financières, malgré les demandes persistantes des associations de victimes.
Le court-métrage réalisé par Lauren Ransan et Abel Vaccaro est disponible sur Canal+ Réunion depuis 2024. Vous pouvez le visionner directement sur la plateforme Canal+ avec un abonnement.
« Au fond du trou » a été réalisé par Lauren Ransan et Abel Vaccaro, deux cinéastes réunionnais ancrés dans le mouvement Kino Réunion. Le film a été produit par Wopé Production avec le soutien de la Région Réunion et du Centre National du Cinéma (CNC).
Le Cinéma comme Mémoire Vivante
L’histoire des enfants de la Creuse nous rappelle que la mémoire collective n’est jamais acquise. Elle doit être transmise, ravivée, questionnée à chaque génération.
Le cinéma documentaire et la fiction jouent un rôle crucial dans cette transmission : ils transforment les faits historiques en expérience émotionnelle. Ils créent de l’empathie là où les chiffres et les dates ne suffisent pas.
À La Réunion, cette histoire résonne particulièrement. Elle interroge notre rapport à la métropole, notre identité créole, notre capacité à regarder en face les zones d’ombre de notre histoire récente.
Découvrez « Au fond du trou » sur Canal+ Réunion.
Soutenez le cinéma qui porte la mémoire.
N’oubliez jamais les 2150 enfants arrachés à leur île.




